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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 10:15


La Bourse du Travail et son quartier

L’impossible débat


  • Il y a six ans, le Conseil municipal annonçait son intention de transformer le quartier de la Bourse du Travail afin de redynamiser le centre-ville.
  • A la demande de la Ville une étude intitulée « de la Halle aux marchandises à la Bourse du Travail », avait montré l’importance de ce quartier, dans le dispositif de défense au temps de la ville fortifiée, dans l’histoire économique et sociale de la ville entre le beffroi et le marché au Blé (actuelle place Jean Jaurès), se trouvant doté en conséquence de l’imposant patrimoine que constituent entre l’église Saint-Nicolas et la Bourse du Travail.
  • On ne décerne aucun effet de cette étude dans la formulation de la décision prise par le Conseil municipal quelques jours plus tard « la ville de Troyes lance une mise en concurrence d’opérateurs-investisseurs afin de réaliser une opération de centre-ville permettant de diversifier l’offre commerciale existante en composant avec la Halle de la Bourse du Travail (sic) ». Aucune allusion à l’histoire et au patrimoine historique dans une opération qui s’avère uniquement commerciale. Pour ceux qui contesteraient ce constat de carence, rappelons les propos du maire-adjoint, chargé du dossier, au cours de la réunion du Comité de pilotage ayant précédé la tenue du conseil, lorsque, le problème se posant de débaptiser la Bourse du Travail et de la dénommer Passage St-Nicolas, il déclare : « Il convient de vivre avec son époque, sachant que les bâtiments se baptisent et se débaptisent », et il ajoute « un investisseur peut difficilement accepter la dénomination Bourse du Travail concernant un projet à vocation commerciale ». Quel dommage que Lyon n’ait pas compté parmi ses conseillers notre éminent édile local, ses habitants ne seraient pas contraints aujourd’hui d’aller à la Bourse du Travail devenue un lieu de spectacles.
  • Le projet initial ayant échoué avec le retrait, en 2008, de la société initialement retenue pour l’exécution du projet, est repris en 2010 sur les mêmes bases qu’en 2006 puisque la Ville fait appel à un cabinet spécialisé en urbanisme commercial, sous la responsabilité de la commission économie, emploi, commerce, artisanat. Le projet adopté tout récemment en juin 2012 prévoit, de répartir l’espace bâti (incluant la Bourse) entre usage résidentiel pour 2/5 et usage commercial pour 3/5.
  • Ainsi, à aucun moment, en six ans de temps, la Ville de Troyes ne s’est donnée les moyens d’une réflexion élargie pour l’établissement d’un projet d’urbanisme du centre-ville au sein duquel s’élaborerait un projet d’urbanisme commercial.
  • Pourtant, en circulant en France et en observant les centres-villes en voie de redynamisation, en prenant connaissance, sur Internet, des procédures observées, depuis une vingtaine d’années, par les villes en recherche d’un nouvel équilibre entre périphérie et centre-ville, en constatant le souci qu’elles ont, dans la poursuite de cet objectif, d’établir une mixité de fonctions dans les quartiers réaménagés, on constate des conceptions fort différentes de ce qui se passe à Troyes. D’ailleurs, des élèves de l’Ecole d’architecture de Nancy, appelés à faire des projets pour trois quartiers de la ville, dont celui du Chaillouet incluant Fra-For,  ont présenté publiquement leurs projets en janvier dernier. Quelle a été leur démarche ? Enquête préalable auprès des habitants sur leur représentation du quartier étudié, recherche d’un édifice structurant de son histoire longue, énumération des fonctions qu’il était nécessaire de voir assurées dans ce quartier : résidentielles, économiques, et sociales (lieux de spectacles, rencontres intergénérationnelles, histoire du quartier, etc.) et lieux d’exercice de ces fonctions..
  • A noter que l’Association Bourse du Travail Mémoire vivante, dans cet esprit, avait mené une enquête dans le centre-ville, en 2010 ; elle a demandé constamment qu’une fonction sociale soit introduite à côté de la fonction économique (d’abord unique fonction retenue en 2006) et résidentielle (depuis 2012) et que l’endroit idéal où pourrait se décliner cette fonction était le bâtiment de la Bourse du Travail, eu égard à son passé, fonction qui aurait l’intérêt d’animer le quartier et d’introduire une autre temporalité que celle du commerce, tout en venant en appui à celui-ci. A titre personnel j’ajouterais que les particularités patrimoniales de l’église Saint-Nicolas nécessiteraient aussi une autre mise en valeur susceptible de contribuer à cette animation. La réponse laconique qui a été faite aux différentes associations du patrimoine réunies en juin (ARPEHD, Bourse du Travail Mémoire Vivante, Sauvegarde et Avenir de Troyes) lorsque, parmi les différentes interventions, cette problématique a été exposée, est que ce n’étaient pas les critères retenus par la Ville de Troyes.
  • Dans Le Monde du 13 juillet, Luc Boltanski, chercheur en sciences sociales, s’interrogeant, dans le cadre des rencontres Pétrarque, sur l’avenir de la démocratie, déclarait que, pour restaurer la confiance du citoyen, l’esprit critique doit être réhabilité dans le débat public comme dans la vie ordinaire. A méditer sans doute, mais, si possible, pas trop longtemps, afin, que nos responsables politiques passent localement aux exercices pratiques.

    Jean Louis PEUDON,
    Membre de :
    la SAT,
    ARPEHD, 
    Bourse du Travail Mémoire Vivante.

 

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